Reportage Ouest France

« Ça m’a pris dix ans pour les acclimater » : il a réussi à faire pousser des cactus… en Normandie

En janvier 2024, Jessy Charetiers, « producteur et acclimateur » normand, a créé sa société Cactus de Normandie, à Courbépine, dans l’Eure. Il commercialise désormais des plantes issues de dix ans d’une patiente (et rude) acclimatation.

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Les bottes en caoutchouc de Jessy Charetiers ne cherchent même plus à éviter les flaques d’eau. Le sol est détrempé et des nuages menaçants planent sur cette matinée de printemps : « Ça fait des mois qu’il pleut sans arrêt. »

Ce jardinier paysagiste de formation coule un regard fier vers sa production. Là, en plein air, au cœur de la petite commune normande de Courbépine (Eure) dont il est quasiment originaire (« à 5 km près ! »), des centaines de cactus attendent, imperturbables, l’apparition du beau temps. Et ils ne font pas franchement grise mine, si loin de ce désert mexicain qui leur sied naturellement si bien. « J’ai même des photos d’eux sous la neige, si vous voulez, sourit Jessy Charetiers. Bien sûr qu’ils ont résisté ! On a aussi eu un épisode de pluies verglaçantes… »

Jessy Charetiers est producteur et acclimateur de cactus, à Courbépine, dans l’Eure. | OUEST-FRANCE

« Des cactus qui poussent en Normandie, ça interpelle ! »

À 32 ans, ce Normand a créé Cactus de Normandie, en janvier 2024, une société qui commercialise des cactus aptes à passer l’hiver normand en extérieur. « J’ai commencé par produire des fleurs locales mais j’en ai fait le tour et c’est un secteur particulièrement concurrentiel… J’ai toujours eu la fibre végétale et je veux vivre de ma passion, rembobine l’entrepreneur. J’ai fini par m’orienter vers une niche : les plantes grasses et les cactus. »

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Ces derniers font selon lui l’objet d’un véritable phénomène de mode auprès des particuliers. Mais là n’est pas la raison principale de son choix : « Ce sont des plantes qui n’ont pas besoin de beaucoup d’entretien et qui, surtout, sont adaptées au manque d’eau, qui sera de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique, avance le producteur. Et elles permettent aussi de sensibiliser : quand on voit que des cactus poussent en Normandie, ça interpelle ! »

Seulement, « le réchauffement climatique, ce ne sont pas uniquement des sécheresses, sait Jessy Charetiers. Il y a aussi des périodes de fortes précipitations. J’ai donc dû apprendre à mes cactus à résister aux deux cas de figure. »

Ce petit miracle lui a pris dix bonnes années : « Il a fallu les acclimater, sans procéder à aucun croisement ni modification génétique. »

Le producteur normand a acclimaté une centaine de variétés de cactus et poursuit ses travaux. | OUEST-FRANCE

Des cactus soumis à rude épreuve

Près de 80 % de sa production est issue de boutures, un procédé qui lui a permis de conserver, année après année, des plantes de plus en plus résistantes : « Je les maltraite, mes cactus, reconnaît-il. Je les arrose beaucoup, je les déshydrate parfois pendant plusieurs années, puis je les plonge dans un bain, je les expose au froid… L’acclimatation est un processus extrêmement lent. »

Il l’a d’abord appliqué à deux variétés de cactus et en propose aujourd’hui plus d’une centaine. « En janvier, j’avais 7 000 pieds de cactus, j’en aurai 15 000, en fin d’année, calcule-t-il. Et je vise 20 000 à 25 000 pieds, l’an prochain. »

Jessy Charetiers aura produit 15 000 pieds de cactus, en fin d’année. | OUEST-FRANCE

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Celui qui écume les foires aux plantes pour faire connaître sa démarche ne manque pas de projets. « Je défends l’idée qu’on peut faire des aménagements paysagers de telle façon qu’ils demandent peu d’entretien et d’arrosage, et ça, il me semble que ça pourrait intéresser les collectivités, devine-t-il. Il ne s’agit pas de remplacer les fleurs locales par des cactus, mais ils peuvent être une alternative dans des zones où on ne peut pas planter autre chose, ou là où on veut limiter l’arrosage public. »

Depuis dix ans, Jessy Charetiers acclimate ses cactus à la météo normande. | OUEST-FRANCE

Lui-même travaille à la création, d’ici plusieurs années, d’un parc paysager au sein de son domaine de 3 ha. Les cactus cierges, boules, les opuntias, les aloès véras ou encore les agaves et les euphorbes y occuperaient une place privilégiée, au cœur de massifs surélevés. En attendant, « je me tourne vers les bars et restaurants. Les fruits des cactus sont comestibles, vous le saviez ? »

Les fruits de certains cactus sont comestibles, un débouché possible pour le producteur normand. | OUEST-FRANCE

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